Phobies chez le chien

Les phobies chez le chien

Les phobies sont des peurs exacerbées : panique lors d’orages ou de feux d’artifices, peur des hommes, des enfants, des autres chiens, etc… Nous vous expliquons ce qu’est réellement une phobie, comment elle apparaît et pourquoi et enfin ce qu’il est possible de faire pour la prendre en charge…

Qu’est-ce qu’une phobie ?

Une phobie est une réaction de peur disproportionnée à un stimulus de l’environnement normal.

La peur est une réaction normale, elle permet au chien de se protéger, elle est limitée dans le temps. La phobie est une réaction amplifiée qui bloque tout apprentissage.

Les phobies les plus fréquentes sont les phobies sociales :

  • La phobie des humains (et de certains humains en particulier : enfants, hommes, etc…)
  • La phobie des autres chiens

Il existe aussi des phobies spécifiques : la phobie des bruits (coups de feu, pétards, tonnerre…), des phobies encore plus particulières comme une phobie des motos, des oiseaux, des plaques d’égout, des cerfs-volants, etc…

La phobie peut avoir différents stades :

  • la phobie simple (stade 1) est dirigée vers un élément ou une personne en particulier
  • la phobie complexe (stade 2) est généralisée envers tous les éléments relatifs à l’élément initial de la phobie et peut donner lieu à une anxiété généralisée constante et à des réactions d’anticipation : par exemple pour une phobie du tonnerre, le chien se met à craindre également de manière démesurée le vent, la pluie, l’assombrissement du ciel, ou bien pour une phobie de la voiture, le chien a peur dès que le propriétaire prépare ses bagages…

Comment reconnaître les signes : le chien produit de l’adrénaline quand il a peur, son cœur s’accélère, sa respiration aussi, il halète, ses pupilles sont dilatées, il tremble. Dans les phobies de stade 2 il peut saliver énormément, vomir, présenter de la diarrhée…

En général le chien restera soit immobile (impossible de le faire avancer dans la rue s’il présente une phobie sociale par exemple), soit il cherchera à fuir, c’est l’évitement, soit il montrera de l’agressivité.

Une phobie peut facilement entraîner de l’agressivité. En effet le chien en « agressant » fait fuir le stimulus lorsqu’il s’agit d’un être vivant, ainsi cela créé un renforcement positif et le risque est l’automatisation de ces agressions. Le chien choisira peut-être d’abord de prévenir en grognant, en aboyant de manière menaçante, mais il pourra aussi attaquer sans prévenir (lors d’automatisation). Il est très important de bien prendre en compte ce risque, notamment dans le cas d’une phobie sociale (phobie des enfants par exemple) car un drame est vite arrivé.

Comment une phobie apparaît chez le chien ?

De mauvaises conditions de développement peuvent donner lieu à des phobies : si l’animal n’a pas été mis au contact de différents stimuli pendant la période de socialisation (avant l’âge de 3 mois), il sera définitivement craintif de ces stimuli.

On parle de sensibilisation : l’animal réagit de plus en plus à un stimulus au lieu de s’y habituer comme il le devrait normalement.

Des conditions de développement trop pauvres (pas de sorties en extérieur, peu de contact humains…) peuvent donc prédisposer à des phobies multiples. On parle de syndrome de privation.

C’est pour cela que l’on recommande de plus en plus d’encourager les sorties en extérieur même avant la fin des vaccinations.

Certaines phobies sont dites « post-traumatiques » et résultent d’un évènement marquant, par exemple la phobie du vétérinaire, la phobie de la voiture après un accident, etc…

Le saviez-vous ? Une phobie chez le chien peut être aggravée par les vôtres. Par exemple si votre chien a peur de l’orage, si vous-même craignez l’orage, la phobie peut être aggravée et le traitement compliqué. Le traitement peut également être compromis par vos habitudes : par exemple un chien qui souffre de phobie sociale ne pourra pas guérir si vous n’aimez le sortir que le matin très tôt ou le soir très tard lorsque les rues sont vides et calmes.

Enfin, les phobies sont un cercle vicieux : une phobie simple qui devient complexe, provoque un état anxieux généralisé chez le chien. Et un chien anxieux peut déclarer rapidement d’autres phobies envers des stimuli même insignifiants (oiseaux, lampadaires, etc…).

Que peut-on faire face à une phobie chez le chien ?

Il est très important de ne jamais considérer une phobie à la légère car les réactions disproportionnées et incontrôlables du chien présentent un danger pour lui et pour son entourage (chien qui saute par la fenêtre lors d’orage, qui s’échappe en courant dans la rue au milieu des voitures, qui agresse sans prévenir un homme, etc…).

L’intervention d’un vétérinaire est nécessaire car il faut tout d’abord vérifier qu’aucun problème médical favorisant n’explique les évitements (comme par exemple une otite douloureuse qui fait que le chien craint qu’un humain le touche), et qu’aucun trouble hormonal ne vient modifier le comportement social du chien.

Ensuite un diagnostic précis de l’affection psychiatrique est indispensable pour adapter le traitement et les conseils et il faut aussi que le vétérinaire s’assure que le chien peut supporter le traitement (le choix de la molécule peut varier selon l’âge et la condition médicale du chien).

Le traitement médical permet de rompre le cercle vicieux qui fait que l’animal réagit toujours de la même manière, il permet de restaurer un fonctionnement normal des voies du cerveau et ainsi de préparer le terrain à la thérapie comportementale qui est indispensable et de faciliter celle-ci.

La thérapie comportementale la plus utilisée est celle de l’immersion contrôlée : on place le chien face au stimulus d’intensité modérée jusqu’à obtenir une habituation : par exemple on lui fait écouter régulièrement un son d’orage avec un volume faible au début et de plus en plus fort. Le chien étant sous traitement médicamenteux, cela va permettre aux réactions d’être contrôlables et elles devraient être de moins en moins importantes.

On peut aussi pratique ce que l’on appelle le contre-conditionnement : on place le chien dans une situation très agréable, rassurante et motivante pour lui, par exemple on joue avec lui avec un jouet qu’il affectionne particulièrement puis on le met en présence de l’objet de sa phobie tout en continuant à jouer et à récompenser un comportement normal. On crée alors une nouvelle association : l’objet de la phobie est associé à quelque chose d’agréable (jeu, récompense…).

L’exposition au stimulus est indispensable à la guérison : si l’animal est seulement traité avec des médicaments, dès l’arrêt du traitement il retrouvera la totalité de sa phobie.

Il peut être intéressant de faire appel à un éducateur canin pour cette thérapie comportementale.

Dans tous les cas lorsque votre chien fait une crise de panique liée à une phobie :

  • évitez de le rassurer car cela renforce le comportement, le message qu’il reçoit est « c’est bien tu as raison d’avoir peur »…
  • ignorez son comportement ou essayez de détourner son attention avec un jeu
  • si l’objet de la phobie peut être anticipé : par exemple feu d’artifice du 14 juillet : enfermez votre chien dans la pièce la plus isolée possible dans un environnement rassurant (panier, jouets), vous pouvez aussi utiliser en prévention un antistress léger (collier, comprimés ou diffuseur) ou bien un thundershirt par exemple